Le lendemain matin. Encore un réveil difficile. Pendant dix minutes, je maudis toutes ces nuits blanches, ces verres superflus, ces cigarettes dont je n'avais pas envie, ces lignes de coke qui n'ont servis à rien et je prends la résolution de ne plus jamais sortir, arrêter de boire, de fumer, de sortir, ne plus manger que des sushis et des fruits frais. Je décide, en fait, d'arrêter de bousiller ma vie à petit feu. J'allume une clope et ma chaîne, j'ai encore les yeux fermés avec l'impression que je ne pourrais jamais plus les ouvrir. Et soudain, le pire me revient en mémoire, je déjeune avec ma soeur aînée dans une heure. Pourquoi moi? Elle m'insupporte avec ses discours moralistes. Ok, elle a réussi. Ok; elle a tout ce qu'elle veux. Ok, mes parents sont fiers d'elle mais moi je n'ai rien à voir là dedans. Je suis le monstre de la famille. J'ai la mauvaise impression que tout le monde me hait. Je me traîne jusqu'à la salle de bain, prends une douche chaude qui ne soulage malheureusement pas mon mal de crâne. Je ressors, prends un verre d'eau avec des Di-Antalvic. J'enfile un vieux jean et un haut noir, attrape mon manteau noir et sors de l'appart. Le déjeuner me paraît durer trois heures, j'ai l'impression que je vais mourir Ma soeur s'obstine, elle m'énerve tellement que je décide de quitter le restaurant en l'insultant, j'avais toujours rêvé de le faire. C'est alors que mon portable sonne. C'est un appel masqué, je formule un Allô interrogateur mais je sais déjà qui est au bout du fil.
... : T'es où?
Moi : Au Centolire.
... : Je passe te chercher dans cinq minutes.
Dehors, il fait froid, je reste debout face au vent, offrant mon visage au fouet, simplement heureuse de l'attendre. Il s'arrête en double file et je monte dans la voiture.
... : Qu'est ce que tu veux faire?
C'est bizarre car en temps normal, je déborde d'imagination mais là en l'occurrence, je suis prise de court, mon "ce que tu veux" est lamentable, je m'en veux même d'y penser...
... : Ce que je veux? Tout ce que je veux?
Moi : Bien sûr que non.
... : Je m'en doutais. Je meurs de faim.
Moi : J'ai déjà mangé.
... : Pas grave.
Il me sourit, je déteste son sourire, non en fait je l'aime, je le kiffe même. Je ne sais même pas où il va et impossible de lui demander. En effet, Dereck a mis la musique à fond empêchant toute conversation. Nous filons à 200 à l'heure, toutes les voitures s'écartent comme si nous leur faisions peur, je me laisse bercer par la vitesse, tout m'est égal, il pourrait m'emmener où il veut. Après quinze minutes de route, il s'arrête, me regarde. Moi je ne comprends rien. Il se penche, je le repousse, je me sens tellement conne. Il me sourit mais je vois bien que je l'ai blessé!
Dereck : On va à Central?
Par là, il veut parler de Central Park, ça fait tellement neu-neu mais j'accepte. Il s'arrête une fois que nous sommes arrivés, sort de la voiture, ouvre le coffre et en sort une bouteille de champagne.
Dereck : Je me suis dit que ça pourrait te plaire.
Je souris. J'ai encore plus l'impression d'être une conne. Il verse ce précieux alcool dans une coupe, décidément il a tout prévu. Je plonge ma main dans ma poche et en sort mon paquet de coke, il me regarde l'air outragé.
Moi : Quoi?
Dereck : Rien.
Moi : Dis moi ce qu'il se passe!
Dereck : Je te dis qu'il n'y a rien. Je ne pensais pas que tu prenais de ça, c'est tout.
Moi : J'ai peut être que 17 ans mais c'est pas pour autant que je me restreins, je profite c'est tout.
Je ne me sens pas fière de ce que je viens de dire mais peut m'importe en réalité. Je me sens bien c'est tout.
Dereck : Si tu le dis.
Il s'approche de moi, et prends le sachet qu'il vide au vent. Je sors alors de la voiture énervée! Il me retient par le bras mais ne réponds rien, il jette juste son manteau sur mes épaules comme s'il avait peur que je prenne froid et me serre dans ses bras. Il m'embrasse sur le front. Une larme roule sur ma joue, puis une autre. Je ne peux plus les retenir, c'est le trop plein des émotions contraires qui bouillonnaient en moi qui s'épanche sans que je puisse rien faire. Trop vécu, trop jeune, trop seule. Je ne mérite pas qu'on s'occupe de moi. Je ne comprends pas. Je n'ai besoin de personne. On cherche l'amour, on croit le trouver. Puis on retombe de haut. Mieux vaut tomber que de ne jamais s'élever? Tu fais de ta vie un calvaire. Des visages implorants, la solitude, des mains sales, la nuit, le néant. Des bras m'enserrent et annihilent ma détresse, je sens une caresse dans mes cheveux, sur mes yeux qui me brûlent, sur mes joues inondées, sur mes lèvres avides. Je ne sais plus pourquoi je pleurais d'ailleurs je ne pleure plus. Plus vraiment? Ca coule toujours mais c'est parce que je ne peux pas l'arrêter. Je suis si bien. L'espoir renaît au fond du gouffre, Ré-ullisionnée. Peut être que ce sont des larmes de joies, je ne sais pas...